Le Papier d’Arménie que chantait Serge Gainsbourg est aujourd’hui le symbole d’un art de vivre. 130 ans après sa création en France, le célèbre papier n’en nit pas de distiller ses parfums dans nos maisons.

Si son nom évoque les grands espaces caucasiens et les fastes d’Orient, le Papier d’Arménie est bien un produit 100 % français, fabriqué depuis toujours dans les ateliers de Montrouge, en région parisienne. Aujourd’hui 75 % des Français connaissent le Papier d’Arménie, le petit carnet est distribué dans plus de 20 000 points de vente. 10 % de la production part à l’exportation. La marque mythique a fêté en 2015 son 130e anniversaire et a reçu le label des Entreprises familiales centenaires. Elle est aujourd’hui dirigée par l’arrière petit fille du co-fondateur, Mireille Schwartz. Une belle histoire familiale qui commence à la n du XIXe siècle.

LE FRUIT D’UNE RENCONTRE

À l’époque, Montrouge est encore une « campagne » faite de champs et de jardins potagers où Henri Rivier, pharmacien résidant à Paris, dans le XVIe arrondissement, fait construire sa résidence secondaire. Au cours d’un dîner, l’industriel Auguste Ponsot, qui revient d’Arménie, raconte à son ami pharmacien qu’il a vu là bas les habitants brûler des cristaux de résine de benjoin pur sur des char- bons ardents. Une délicieuse odeur, purifiante et désinfectante se propage dans les maisons grâce à cette résine venue de Malaisie. Pourquoi ne pas adapter ce procédé en France ? Reste à trouver comment. Monsieur Rivier est un scientifique plein d’idées.Il propose de diluer le benjoin dans de l’alcool puis d’en imprégner un papier buvard dont la combustion dégagera une fumée odorante et assainissante. Après de nombreux essais, le procédé est mis au point. Esprits novateurs, les deux hommes

sont convaincus qu’il faut donner à ce produit une présentation moderne : ce sera un petit carnet à trois bandes détachables que l’on peut aisément glisser dans la poche. Le Papier d’Arménie est né.

ATISANAL ET 100 % MADE IN FRANCE

L’ « alchimie » réalisée par Henri Rivier se révèle très lucrative : le Papier d’Arménie remporte ses premières médailles au concours général de l’Exposition d’Hygiène de 1888, puis, consécration, une médaille d’or à l’Exposition universelle de 1889. Dès lors, on trouve partout ces petits carnets : dans les hottes des marchands ambulants, sur les étagères des drogueries, dans les vitrines des pharmacies… L’usine Ponsot et Rivier est installée à Paris, puis rebâtie, suite à un incendie, directe- ment dans le jardin de la propriété montrougienne de M. Rivier. Où elle nit par occuper tout le terrain. Le plus vieux parfum d’ambiance français est ainsi le fruit d’un vrai savoir-faire. Sa fabrication entièrement artisanale est digne de celle d’un produit de luxe : il faut 6 mois et pas moins de 12 étapes de production pour obtenir le célèbre petit carnet parfumé qui distille ses parfums dans nos maisons pour une atmosphère inimitable.

Retrouvez l’article dans Maison à Vivre Campagne N°88